Le magazine Flair a-t-il etouffé une affaire liée au chroniqueur « Alex de Flair » ?

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Il se faisait appeler “Alex de Flair” et signait chaque semaine dans le magazine du même nom une chronique hebdomadaire dans laquelle ce « jeune divorcé charmeur de 29 ans (en 2013), papa d’une petite fille », racontait ses rencontres, sa vie, ses plans culs, ses expériences… et invitait les lectrices à lui écrire. Pendant quatre années, l’hebdomadaire féminin belge a ainsi offert une tribune à un auteur anonyme, en lui laissant signer ses chroniques avec une adresse e-mail sur laquelle la rédaction n’avait aucun contrôle.

Dans l’introduction de sa première chronique, en novembre 2013, le magazine Flair le décrit comme suit :

29 ans, célibataire depuis peu, une fille de 2 ans. sociable, charmeur, un brin moralisateur (mais pas trop)… un chouette job dans le marketing, des hobbies, beaucoup d’amis. et d’amies… et d’ex.

Jamais l’identité d’Alex de Flair n’a été révélée, entretenant ainsi le mystère sur cet homme idéal racontant, dit-il, « la vérité, rien que la vérité ».

La chronique est signée, systématiquement, par une simple adresse e-mail: « Alexdeflair@gmail.com ».

Une adresse e-mail, nous l’apprendrons plus tard, qui n’est pas la propriété de Flair (alors propriété du groupe de presse Sanoma et vendu en 2018 au groupe Roularta), et dont le mot de passe n’est qu’entre les mains d’Alex de Flair. 

Un fait qui a éveillé notre curiosité.

 

En effet, la personne détenant l’adresse e-mail et signant les chroniques avec celle-ci avait donc la possibilité d’entrer en correspondance directe avec des lectrices de Flair, sans que ses échanges ne soient supervisés par la rédaction.

Pendant 4 ans, l’hebdomadaire féminin, dont la cible principale sont les femmes de 15 à 34 ans, a donc laissé carte blanche à un auteur anonyme en lui laissant signer ses chroniques avec une adresse e-mail sur laquelle la rédaction n’avait aucun contrôle ni droit de regard.

Source: Roularta

Des lectrices, parmi lesquelles des mineures, étaient ainsi indirectement incitées à réagir, entre autres, à des chroniques de ce type:

On retrouve également des traces d’articles web où Alex répond directement aux lectrices et est décrit comme « sexy »:

Le phénomène est ici déjà assez inquiétant puisque le magazine semble n’avoir jamais remis en question ce partenariat pendant 4 ans, ne cherchant jamais à avoir un contrôle sur les échanges d’Alex de Flair avec les lectrices.

« On savait qu’Alex répondait aux lectrices, c’était un peu le jeu aussi, mais personne n’a jamais soupçonné qu’il puisse déconner, nous a expliqué une ex-pigiste de Flair, qui souhaite rester anonyme.

L’existence de ces échanges de courrier entre « Alex de Flair » et des lectrices est également confirmé par le principal intéressé dans cette chronique de mai 2017:

De 2013 à 2017, la chronique d’Alex de Flair s’installe comme un des piliers du magazine : elle y est présente chaque semaine sans faute pendant ces 4 années. Jusqu’en novembre 2017,  moment où la rubrique disparaît brutalement des pages de l’hebdomadaire.

Un mois plus tard, en décembre 2017, la rédactrice en chef Valérie Kinzounza publie cet édito :

Le magazine met fin unilatéralement à la chronique d’Alex. Nous sommes quelques semaines après l’affaire Metoo/#Balancetonporc ( commençant mi-octobre 2017).

La période à laquelle se produit cet événement et les mots choisis nous interpellent.

Nous menons l’enquête et des paroles se libèrent. Plusieurs personnes nous parlent d’un comportement problématique d’Alex de Flair avec les lectrices.

Alex de Flair aurait profité de sa chronique pour rencontrer une ou plusieurs lectrices. L’une d’elle, au minimum, s’est plainte au magazine. La rédactrice en chef décide alors de mettre fin à la chronique. 

Cela aurait pu être la fin, mais nous savons que celui qui s’est fait appeler pendant 4 ans « Alex de Flair » attaque alors Flair en justice pour rupture illégale de contrat.

De notre côté, nous continuons à enquêter et nous obtenons plusieurs témoignages qui se recoupent. Il y a eu une réunion à la rédaction de Flair où il a été annoncé que Alex ne ferait plus de chroniques dans le magazine et qu’il s’agissait d’un sujet sensible.

Nous découvrons également qui était pendant 4 ans Alex de Flair.

Il s’agit de Nicolas Roisin.

Nicolas Roisin est une figure bien connue du monde médiatique puisqu’il a été directeur des programmes de Radio Contact puis directeur des magazines et émissions thématiques sur BEL RTL et Radio Contact, avant de devenir chroniqueur pour la RTBF.

Il est également la plume de Jacqueline Galant pour son livre sorti en 2017 « Galant, je vous dis merde ».

Le reste de son CV Linkedin:

 

Il est aujourd’hui attaché parlementaire du député MR David Weytsman, candidat aux communales 2018 à la Ville de Bruxelles. 

 

Et maintenant ?

 

Cela fait désormais 8 mois que la chronique d’Alex de Flair s’est terminée discrètement, et rien n’a bougé du côté de Flair.

Contactée par nos soins, la rédactrice en chef de Flair nous indique qu’une procédure est en cours et qu’elle désire protéger la personne qui s’est plainte au magazine. Elle nous a signalé qu’elle cherchait la même chose que nous, protéger d’éventuelles victimes d’un comportement déplacé d’un auteur laissé en roue libre pendant 4 ans.

A noter que nous avons testé l’adresse alexdeflair@gmail.com, elle est toujours active (même si rien ne nous indique qu’il y a encore eu des connexions sur le compte gmail).

Lorsque nous demandons pourquoi Flair n’a pas commencé par mettre en demeure Nicolas Roisin pour récupérer l’adresse e-mail, Valérie Kinzounza nous dit « qu’ils n’y ont pas pensé ». Ils n’ont également pas pensé qu’une adresse gmail imprimée dans des centaines de milliers de magazine pendant 4 ans sans contrôle était un problème. Des milliers de magazines contenant ces chroniques (et donc l’adresse de contact) restent notamment en circulation dans les salles d’attentes de tout le pays.

Nous devions être recontactés le lendemain de notre appel par la rédactrice en chef de Flair. Nous avons rappelé et elle a indiqué ne plus pouvoir faire de commentaire. 

Nous avons également contacté Nicolas Roisin:

L’intéressé s’est refusé à faire tout commentaire concernant la plainte de lectrice évoquée par Flair, sa rupture de contrat ou le litige juridique l’opposant au magazine. Nicolas Roisin n’a cependant pas nié être l’auteur se cachant derrière le pseudonyme « Axel de Flair », ni avoir échangé de la correspondance avec des lectrices, suite à quoi certaines rencontres auraient eu lieu dans la vraie vie.

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