Cantines scolaires à 1€ ou quand Macron annonce qu’il va faire ce qui est déjà généralisé

Emmanuel Macron a annoncé son plan majeur contre la pauvreté au cours d’une longue conférence de presse dont les médias n’ont, comme souvent, retenu que les aspects les plus marquants, qui ont dû être distribués par un attaché de presse.

L’un des points les plus marquants de ce plan de lutte contre la pauvreté annoncé par le Président Français est d’instituer un repas à la cantine à un euro pour les plus pauvres dans les zones prioritaires (c’est à dire les zones qui font l’objet d’un classement dit « REP+ » : réseau d’éducation prioritaire).

Ce type de distinction entre les secteurs concernant l’éducation est courant et se retrouve dans tous les pays. Les gouvernements considèrent, à raison, que dans certains quartiers minés par la pauvreté, il est nécessaire de donner davantage de moyens à l’éducation.
Emmanuel Macron et ses conseillers ont donc décidé de proposer un repas à 1 euro pour les élèves les plus pauvres des écoles les plus en difficulté. Cela parait être frappé du bon sens…

Et ça l’est tellement que les communes, qui gèrent les aspects non éducatifs des établissement scolaires depuis la première vague de décentralisation des années 1980, proposent déjà une tarification sociale dans les cantines.
Il se trouve en effet que la démocratie locale fait bien les choses et que souvent, les communes comptant des écoles situés en secteur d’éducation prioritaire ont pris cette problématique de la cantine à bras le corps depuis des dizaines d’années. Elles le font notamment en modulant les tarifs de la restauration scolaire en fonction du niveau de vie des familles. En France, cela s’appelle le quotient familial.
En d’autres termes, dans la quasi totalité des villes (en fait, je n’ai pas trouvé de contre exemple mais je pense que le taux doit être proche de 100%) comptant des écoles en « éducation prioritaire », le repas à tarif social (autrement dit celui réservé pour les familles les plus modestes, est déjà autour d’un euro, voire bien inférieur).

La liste que j’ai constituée n’est pas exhaustive et un curieux pourra aisément se procurer les tarifs des autres villes comptant des écoles en REP + pour vérifier, puisque ces éléments, votés en Conseil Municipal, sont publics.

À Paris, le tarif le moins cher pour un repas à la cantine est de 0,13 euro,
À Lyon, c’est 0,80 euros,
À Metz, c’est 1,50 euros,
À Strasbourg, c’est 1,40 euros,
À Nantes c’est 0,82 euros,
Au Havre, c’est 1,30 euros,
À Rouen, c’est 0,33 euros,
Au Mans, c’est 0,64 euros.

Prenons quelques villes de banlieue populaire pour vérifier si cette règle s’applique dans les secteurs les plus pauvres:
À Rillieux la Pape (banlieue de Lyon) on est à 1,50 euros le repas,
À Villeurbanne (banlieue de Lyon) c’est 0,96 euros,
À Vaulx en Velin (banlieue de Lyon), c’est 0,63 euros,
À Créteil (Val de Marne), c’est 0,55 euros.
Dans le fameux département du 93 (la Seine Saint Denis), qui concentre d’énormes difficultés en terme de pauvreté, 7 villes sur 39 ayant des écoles en REP+ ont un tarif social qui dépasse 1 euro.
Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que la France est un pays qui aime se compliquer la vie. Ainsi, la plupart du temps, le prix facturé se décompose en deux parties: le coût du repas réel et le coût du personnel qui sert et surveille les enfants pendant les repas qui représente 30% environ de la somme et qui fait l’objet d’un crédit d’impôt (s’appliquant donc aux familles les plus démunies).
Si l’on retire donc ces fameux 30 % (ce qui est un taux variable admettons-le, mais qu’il est compliqué de calculer sans avoir accès aux factures détaillées de chaque communes), la Seine Saint Denis ne compte que la ville de… Montfermeil qui propose un repas « social » au-dessus de la barre de l’euro, soit 1,30 euros par repas pour les familles les plus pauvres.
Nos médias se sont donc précipités sur une annonce qui n’est en fait qu’un coup de communication puisque à l’exception de quelques cas rarissimes et marginaux, aucune commune comptant des écoles classées en REP+ ne coûte aux familles plus d’un euro pour la restauration scolaire. Ajoutons que pour les familles en très grandes difficulté, existe un tarif « d’urgence sociale » qui n’est pas mentionné et permet d’aider à payer les cantines.
Autrement dit… les communes pratiquent déjà une tarification sociale et n’ont pas attendu le plan présidentiel.
Le plan pauvreté encourage ainsi à faire… ce que les communes françaises de droite et de gauche font déjà font déjà car elles sont, fort logiquement, à l’écoute de leurs populations, ne serait-ce que parce que cette population élit les Maires régulièrement et que ces derniers doivent bien tenir compte des besoins élémentaires des habitants.
La méconnaissance du terrain est un des reproches souvent faits à notre Président de la République, mais on peut comprendre que les ors de l’Elysée donnent parfois ce sentiment de déconnexion. Ce qui est moins compréhensible, c’est que le travail élémentaire de vérification de la pertinence des annonces tonitruantes qu’il fait ne soit pas réalisé par les médias nationaux, qui se contentent souvent de reprendre les éléments des dossiers de presse sans même essayer de les vérifier.

Arnaud Lacheret est Docteur en Science Politique et chercheur associé au Laboratoire Pacte de Sciences Po Grenoble. Après une carrière de conseil politique d’élus locaux et nationaux, il dirige désormais une école de management dans le Golfe arabo-persique.

Valeur en euros du travail consacré à ce contenu: 50€

L'auteur de ce contenu PAYKNOW a été rémunéré comme indiqué ci-dessus.