Honte à vous, les journalistes qui poussez à la mort du web pour défendre les intérêts de vos maîtres.

Aujourd’hui, on voit à nouveau une campagne massive et organisée du lobby des éditeurs de presse et des annonceurs pour tuer l’internet européen afin de défendre leurs intérêts.

Et ce après une première vague il y a quelques mois dont nous avions parlé…

La RTBF prise en flagrant délit de mensonge sur le droit d’auteur

On peut notamment lire en Belgique aujourd’hui cette carte blanche pleine de mensonges et qui, absurdité complète, essaye de nous faire croire que le mensonge vient de l’autre camp.
Qui essaye de nous faire croire que seuls les GAFA veulent tuer cette réforme alors que la plupart des militants d’un internet libre sont dans le camp du NON à la réforme du droit d’auteur.

Lire: La quadrature du net appelle à rejeter la réforme du droit d’auteur

Voici la tribune publiée sur le site du Soir dont j’ai décidé d’épingler certains points:

Le parlement européen se réunit pour le vote final de la directive droit d’auteur. Un texte âprement discuté depuis bientôt trois ans qui doit enfin permettre aux médias et aux artistes de percevoir une part des revenus générés sur le net par leurs productions.

Jusqu’à présent, ce sont les géants américains du web qui captent l’essentiel des profits. L’enjeu est majeur pour la presse, les artistes, la démocratie et la culture. Et l’objet d’une incroyable bataille menée par les grandes plateformes.

LIRE AUSSI: Bernard Marchant (Rossel): «Non, le droit d’auteur ne menace ni nos libertés, ni Google»

(Voilà l’avis d’un mec qui a un avis certainement très neutre puisque c’est le CEO de Rossel, le groupe de presse énorme qui détient Le Soir et qui voit ses revenus publicitaires s’effondrer au profit des GAFA)

Depuis des mois, la menace est relayée sur tous les réseaux sociaux : si la directive européenne sur le droit d’auteur était adoptée, c’en serait fini de la liberté de l’internet.

Les internautes n’auraient plus accès à la gratuité des services. La création, l’information seraient étouffées pour laisser place à la censure. Nous perdrions ce qui a pris une place centrale dans nos vies : un internet libre et d’une richesse illimitée. Perspective terrifiante… Relayée par des dizaines de milliers de sites, une pétition au titre comminatoire « Sauvez internet » circule. Qui ne se battrait pas pour une telle cause ?

C’est faux et stupide. Il y a déjà des tas de contenus payants sur internet auxquels les internautes acceptent d’accéder via un abonnement. La menace de la fin d’un internet « gratuit » n’est pas un argument des militants contre la réforme. 

Et pourtant, force est de constater que toutes ces affirmations péremptoires relèvent de l’une des plus intenses campagnes de désinformation jamais organisée.

Les internautes devront-ils désormais payer pour accéder à Internet et échanger des fichiers ? Non. La directive le dit clairement. Seules les plateformes qui engrangent des revenus conséquents devront rémunérer médias, artistes et auteurs.

 

Le Soir fait ici un fact-checking d’un mensonge qui n’est pas diffusé, ils inventent un mensonge pour le démentir. Les GAFA ne parlent pas d’un accès au contenu qui deviendrait par essence payant. Par contre, l’argument est d’autant plus stupide que tout un chacun paye déjà un abonnement pour accéder à internet et échanger des fichiers. 

Vont-elles être ruinées au point de ne plus pouvoir opérer ? Loin de là : grâce à leur position ultra-dominante, les deux plus grandes plateformes américaines siphonnent aujourd’hui près de 80 % des revenus publicitaires sur Internet. Des dizaines de milliards de dollars par an. Payer quelques centaines de millions aux producteurs de contenus ne signera pas leur arrêt de mort, pas plus que d’acquitter un minimum d’impôts en Europe.

Si les GAFA captent autant de revenus publicitaires c’est parce que les régies traditionnelles ont échoué dans le combat de la publicité sur internet. Particulièrement dans le milieu de la presse où l’investissement dans la transition vers le web a été bien trop tardif. D’ailleurs aujourd’hui encore, en 2019, en DEUX-MILLE DIX NEUF, la plupart des médias considèrent encore le web comme une excroissance sans grande importance, où les contenus sont moins importants, où le papier du journaliste est moins payé. Les éditeurs de presse se sont accrochés à leur modèle vieillissant pendant des années, puis ont vendu des espaces publicitaires hors de prix à leurs annonceurs traditionnels qui ont fini par déserter.

Pour vous donner un exemple, le CPM (Coût pour 1000 pages vues pour Audi par exemple) que réclame Le Soir à ses annonceurs est de 20 EUROS PAR FORMAT ET PAR 1000 VUES. Pour vous donnez une idée, chez Google Adsense, cela coûterait plutôt 40 à 50 centimes pour un format similaire avec un ciblage probablement bien meilleur. C’est à dire qu’à la grosse louche, la régie Rossel est 40 fois plus chère que Google. Comment s’étonner que les GAFA prennent 80% du marché dans ce cas ?

Calculez ici le CPM sur le calculateur de Rossel

C’est d’ailleurs ce que font toutes les autres entreprises qui distribuent des contenus : elles paient ceux qui les produisent.

Ici, il y a un mensonge puisque ce que veulent les médias, c’est que Google les rémunère pour ceci: 

C’est à dire qu’ils veulent que les GAFA payent pour… leur donner de la visibilité. Certes Google News n’existe pas sans eux, mais ils n’existent plus non plus sans les GAFA. Et rien n’empêche Le Soir de demander à être retiré de Google News, problème réglé. D’autant plus que cette extension du droit d’auteur à des droits voisins donne une valeur à une information qui se résume à un extrait de 2 lignes et à un titre. De quel droit Google doit-il payer le site du Soir pour un extrait d’une dépêche AFP ? Est-ce que Google ne va pas tout simplement finir par payer eux même l’AFP pour y diffuser les dépêches et en terminer avec les médias définitivement ? 

Autre fake news colportée par les lobbies, la directive engendrerait la censure. Un comble quand on sait que des journalistes ont payé de leur vie leur combat contre la censure.

C’est encore un mensonge, par essence, la directive demande une censure préalable de nombreux contenus, de la même manière que c’est déjà appliqué avec le Content ID sur Youtube ou Facebook et qui pose beaucoup de questions sur le respect du droit de citation ou de parodie.

La menace n’est pas théorique. Par le passé, un grand moteur de recherche a brièvement « déréférencé » les médias d’un pays européen qui réclamaient leur dû. Ils ont dû capituler pour continuer à exister sur Internet. Plus récemment Wikipedia Italie a fermé à la veille d’un vote du parlement européen sur la directive en septembre dernier pour « montrer » aux internautes à quoi ressemblerait le monde né de la directive. Intimidation étrange : Wikipedia n’est pas concerné par le texte de l’UE.

Peut-être parce que les fondateurs de Wikipédia, à l’instar de la plupart des spécialistes du web, pensent que même si la réforme ne les concerne pas directement, elle met le doigt dans l’engrenage de la fin d’un internet libre ? 

La démocratie en danger

C’est précisément pour éviter de tels scénarios que les Etats de l’UE s’unissent. Il va être plus compliqué pour les géants du net de déréférencer les médias de quelque 500 millions d’Européens. L’UE est un marché dont ils ne peuvent pas se passer.

C’est bien là leur pire erreur. Facebook, Twitter, Google, n’ont pas besoin d’eux. Et ils finiront par le comprendre et par disparaître. 

Il existe un vrai risque de censure : celui qui naîtrait d’un monde sans la directive. Où toutes les recettes continueraient à aller aux plateformes, privant petit à petit les médias de tout moyen de subsistance. Ce monde existe déjà : des dizaines de journaux ont mis la clé sous la porte. Et la démocratie est clairement menacée.

Oui l’internaute a besoin d’une presse pluraliste et libre. Oui il a besoin d’être protégé contre les fake news, les tentatives d’instrumentalisation de l’opinion, la propagande des Etats, des lobbies économiques et des trolls. Oui enfin il a besoin d’une démocratie vivante. Mais pour cela, il faut des médias indépendants et critiques qui puissent vivre de leur travail. L’adoption de cette directive est une question de vie ou de mort pour les médias et de survie pour beaucoup d’artistes et d’auteurs.

Heureusement, grâce à un lobbying réalisé par des trolls qui désinforment pour promouvoir une réforme liberticide, nous sommes sauvés.

Voici donc, comme présentée dans la carte blanche du Soir, la liste des traîtres à la liberté d’internet. Si cette réforme passe, l’histoire se souviendra de leur nom. Bien que cela risque juste d’être censuré et effacé…:

*Signataires : des journalistes et/ou représentants des quotidiens européens, organes de presse, chaînes de télévision et de radio, agences de presse, éditeurs, photographes, etc. suivants :

Clemens Pig, APA Oscar Bronner, Der Standard Helmut Brandstätter et Eva Pfisterer, Kurier Patrick Lacroix, Belga News Agency Liesbeth Van Impe, Het Nieuwsblad/De Gentenaar Jean-Marc Gheraille, La Dernière Heure Alain Lallemand, Le Soir Dorian de Meeûs et Christophe Lamfalussy, La Libre Belgique Maroun Labaki, Press Club Brussels Europe Christophe Giltay et Jean-Pierre Martin, RTL Be Georgi Milkov, 24 chasa Rumiana Chervenkova, Capital.bg Veselin Zhelev, magazine Club Z Svetsolav Terziev, Sega Daily Damir Hainski, Croatian News Agency Hina Sasa Lekovic, membre du Conseil EU Journalismfund.eu Aristidis Viketos, Athens News Agency Giannis Seitanides, Department of Politis newspaper and Union of Cyprus Journalists Christos Georgiu, Omega TV Lenia Karatzia, Phileleftheros newspaper and Union of Cyprus Journalists Katia Savva, Politis Chrysanthos Tsouroullis, Sigma TV et PDG de Dias group Marios Demetriou, Simerini,  » 24Hours » et membre du Committee of the Union of Cyprus Journalists. Christos Christophides, George Frangos, Andreas Riris, Anna Georgiou, Michael Vera, Chloé Emmanouilidis , George Theodoulou, Elena Stavrou et Marilena Mardapitta, Union of Cyprus Journalists Radka Markova, CTK Lukas Tomek, Sport (daily) and isport.cz Radek Lain, Blesk (daily) and Aha ! (daily) Jiri Majstr, CTK Czeck News Agency Lucie Vopalenska, Czech Radio Jakub Szanto, Czech television Roman Gallo, Denik (daily) Filip Rozanek, Digizone.cz Zdenek Strnad, Flowee.cz Frantisek Strnad, iDNES.cz Michal Pur, Info.cz Vackov Veselin, Mogens Blicher Bjerregård et Lars Vesterløkke, Lidove noviny (daily) Samir Heddar, Aisne Nouvelle Laurent Berard-Quelin, Bulletin Quotidien Bulletin – BQ Armel Le Ny, Charente Libre Jean-Christophe Giret et Marc-Paul Lemay, Courrier de Gironde, Courrier français et La Renaissance du Loir-et-Cher Jean-Michel Desaunay, Courrier de la Mayenne, Haut Anjou et Echo d’Anciens Mickael Tassart, Courrier Picard Guy Abonnenc, Dauphiné Libéré José Biosca, Dépêche du Midi Pascal Jalabert, DNA/Alsace/Bien Public, Est Républicain, Journal de Saône et Loire, Progrès, Républicain lorrain, Vaucluse Matin, Dordogne Libre, Echo du Berry, Est Clair, Libération Champagne et Vosges Matin Thomas Brunet, Dordogne Libre Ludovic Mesnard, Echo du Berry Nicolas Fostier, Est Clair/Libération Champagne Sébastien Georges, Est Républicain, Républicain Lorrain, Vosges Matin Alexis Brezet, Figaro Laurence De Charrette, Jean-Marc Gonin et Guillaume Roquette, Figaro Magazine Caroline Bablin, Groupe Antilles-Guadeloupe Olivier Bonnichon, Groupe Centre France Jean-Pierre De Kerraoult, Groupe Sogemedia Jean-Luc Icard, Haute Provence Info Stéphane Ducret, Hebdo des Savoie Paul Aurelli, ICN Informateur Corse Nouvelle Alain Baute, Independant Valérie Serbourdin, Indépendant du Pas-de-Calais Pierre Archet, Journal d’Ici Hervé Gattegno et Cyril Petit, Journal du Dimanche Dominique Barret, Journal du Médoc Rémi Demersseman, Journal Toulousain Marc Dejean, Journaux de Loire, (Courrier de l’Ouest, Maine Libre, Presse Océan) Guillaume Goubert, La Croix Lionel Laparade, La dépêche du Midi Calude Donnadieu, La Lozère Nouvelle Pierre Schmidt, La Renaissance Lochois Jean-Philippe Segot, La Semaine du Pays Basque Cyril Gréghi, La Vie corrézienne et du Semeur Hebdo Patrick Jankielewicz et Pierre Mauchamp, La Voix du Nord Benoît Cailliez, L’Abeille de la Ternoise Sylvie Meunier, L’Auxois Libre Benoît Leprince, Le Journal du Dimanche JDD Florence Aubenas, Le Monde Florence Gurrieri, Le Pélican Erwan Chartier-Le Floch, Le Poher/Journal de la Bretagne Xavier Antoyé, Le Progrès/Le Bien Public, Le Journal de Saône et Loire Anne Cazaubon, Le Résistant Dominique Jung, Les Dernière Nouvelles d’Alsace Anne Florence Schmitt, Madame Figaro, Antton Etcheverry, Médiabask Olivier Biscaye, Midi Libre Denis Carreaux, Nice Matin Philippe Henon, Nord Littoral Christophe Hérigault, Nouvelle République Jacques Dancale, Nouvelles Semaine Opinion Indépendante Ouest-France Paris Match Parien-Aujourd’hui en France Paris-Normandie Phare de Ré, Le Littoral de la Charente Maritime et Haute Saintonge, Provence Réseau Hebdo Eco Sud Ouest Télégramme Tribune de Lyon Union Reims, Est-Eclair, Ardennais, Libération Champagne Vie corrézienne AFP Der Spiegel Der Tagesspiegel Die Zeit DPA Katholische Nachrichten-Agentur Gmbh RTL-Allemagne Société de production Kobalt Documentary Antenna TV Athens – Macedonian Press Agency (ANA-MPA) I Femirida ton Syntakton I Kathimerini Atlatszo Irish Times ANSA Corriere della Sera La Stampa Mattino di Padova Messaggero Veneto Lithuanian journalist’s union Le Quotidien Tageblatt Times of Malta New York Times à Téhéran Dziennik Gazeta Prawna Press Radio ZET TVN Tygodnik Powszechny ZPAF and ZAIKS Rzeczpospolita Lusa agency Agerpres RFI Roumanie. 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Bonus:



A 3:30, désinformation complète qui explique que la directive ne va pas imposer un filtrage type Content ID sur Youtube mais qu’on peut par exemple instaurer un système qui reconnait les empreintes (numériques) de l’auteur. Ce qui est… exactement le fonctionnement du filtrage par Content ID.